Panthera – l’association mondiale pour la protection des félins s’installe en France

Bientôt un an que Panthera a ouvert une antenne en France avec à sa tête Grégory Breton. Une rencontre pour découvrir cette ONG de renommée mondiale et discuter des enjeux de conservation autour des grands félins.

 

Panthera est une organisation d’envergure internationale et la seule organisation au monde exclusivement dévouée à la conservation de tous les félins. Pourquoi ouvrir une antenne en France ?

Grégory Breton : La création de l’antenne francophone de Panthera est à la fois le fruit de rencontres et des besoins de l’ONG pour le développement de ses missions de conservation.

Panthera étant une ONG d’origine américaine très renommée chez les anglo-saxons (USA, Royaume-Uni, Australie…), l’ouverture de la branche française va permettre à l’organisation d’augmenter son rayonnement et sa notoriété dans les pays francophones (France, Suisse, Belgique…) mais aussi d’aider l’ONG dans le développement de ses actions dans les pays d’Afrique de l’Ouest. En effet, Panthera vise notamment à protéger le lion qui, bien que classé comme “vulnérable” à l’échelle global sur la liste rouge de l’IUCN, est en “danger critique d’extinction” spécifiquement en Afrique de l’Ouest. Dans la région, Panthera et ses partenaires améliorent considérablement la fréquence et l’efficacité des patrouilles anti-braconnage des gardes forestiers des parcs nationaux, notamment dans le complexe transfrontalier d’aires protégées W-Arly-Pendjari (WAP) au Bénin, Burkina-Faso et au Niger où les effectifs de lions de la région sont les plus élevés. Dans le parc national de Niokolo-Koba au Sénégal où une population de lions est présente, une action ciblée est essentielle pour que la population locale ne disparaisse pas mais fleurisse à nouveau.

Panthera ne travaille pas uniquement pour la sauvegarde du lion et a de nombreux projets pour les autres espèces de félins dans 36 pays. Mon arrivée est le fruit de mes rencontres avec les personnalités de l’ONG, ainsi que de mon parcours professionnel et de mes accomplissements, notamment mon programme d’étude du chat des sables, un petit félin désertique, unique pour cette espèce et développé avec mon collègue Alexander Sliwa, initialement sur notre temps libre. Rejoindre Panthera est pour moi une belle opportunité de mettre mon expérience et mes connaissances au profit de cette organisation très efficace, qui rassemble de nombreux chercheurs et experts des félins à travers le monde.

 

Justement comment créez vous de nouveaux projets au sein de l’organisation ? De prochains projets sont-ils prévus en France ?

G.B. : L’organisation rassemble des biologistes professionnels et des défenseurs passionnés qui depuis nombreuses années étudient et consacrent leur vie à protéger les félins. Dès son origine, Panthera a créé 7 programmes différents pour les plus grandes espèces de félins, qui sont à la fois les plus connues du grand public et les plus impactées par l’expansion humaine : Tigre, Lion, Jaguar, Panthère des neiges, Léopard, Puma et Guépard. À l’intérieur de ces programmes, nous gérons de nombreux projets différents et rattachés à différentes localités.

Ces grands prédateurs sont au sommet de l’échelle et sont donc les indicateurs de la bonne santé d’un écosystème. Si dans un parc en Inde ou en Asie du Sud-Est les tigres venaient à disparaître, la population des léopards augmenterait sensiblement. Étant beaucoup plus opportunistes que les tigres, ils mettraient plus de pression sur les populations de petits félins, qui viendraient à leur tour à disparaître. Certains félins de petite taille sont également en grand danger et nous avons un 8ème programme pour toutes les autres espèces de félins.

Pour l’instant, la création de nouveaux programmes comparables à ceux cités précédemment n’est pas prévue, mais les initiatives efficaces et pertinentes, telles que celles menées sur le Chat doré Africain ou le Chat des sables, sont aidées de façon à perdurer dans le temps. C’est une question de rencontres et d’opportunités. Par exemple, pour les Guépards Panthera n’agit pas dans tous les pays où le Guépard est présent. Il y a déjà des ONG compétentes dans certains d’entre eux (Namibie), donc autant aider ces ONG et/ou alors apporter notre pierre à l’édifice dans un autre pays où l’espèce a besoin de nous. C’est aussi le cas pour la panthère des neiges, où nous collaborons avec le Snow Leopard Trust sur certains sites comme en Mongolie et au Kirghizistan.

 

Quel avenir voyez-vous pour les espèces sauvages de félins ?

G.B. : Cela va vraiment dépendre des endroits, des localités, et donc des volontés politiques et des ressources allouées. Dans certains lieux de notre planète, les ONG ne font que repousser dans le temps l’échéance, à savoir l’extinction locale, du fait de la forte poussée démographique et des besoins (mais pour combien de temps ?). Dans d’autres lieux, comme les réserves et des aires protégées, si de forts moyens de protection sont mis en oeuvre pour les conserver, il est possible que l’on se retrouve à gérer des “cheptels” de grandes tailles, un peu à la manière des parcs zoologiques aujourd’hui, où des animaux sont déplacés entre les différents espaces pour garder une population saine et viable génétiquement. À l’état sauvage, c’est déjà un peu le cas pour certaines espèces, comme pour le lynx pardelle dans la péninsule ibérique, la panthère de Perse dans le Caucase russe et la panthère de l’Amour dans l’Extrême-Orient russe.

 

Vous avez mentionné plusieurs structures impliquées dans la conservation des félins. Quelles différences et rôles pour chacune ?

G.B. : Concernant les parcs nationaux, ce sont les Etats qui décident de leur création et allouent leurs budgets de fonctionnement. De nos jours, il y a globalement une réelle compréhension de la nécessité et une volonté de créer des espaces et réserves sauvages sur le long terme pour les générations futures.

Concernant les parcs zoologiques, ces structures ont un lourd passé : capture massive des animaux sauvages dans leurs milieux naturels, alimentation inadaptée et soins vétérinaires limités, exposition dans de petites cages où ils mourraient avant de se reproduire, mise en scène des animaux dans des positions ou accoutrements ridicules… Mais depuis 30 ans environ, un travail de fond a été réalisé pour faire changer les choses : une réelle scission avec le monde du cirque a été opérée, des programmes d’élevage ont été créés et sont gérés de manière qualitative afin de constituer des populations captives viables pour fournir des cheptels et individus pouvant éventuellement être relâchés par la suite, soutiens financiers aux programmes in-situ… Nous sommes en ce moment à ce tournant important. Mais le monde des parcs zoologiques est très hétérogène, il y a des structures étatiques, des structures municipales, des structures privées, des structures privées/publiques avec des objectifs économiques derrière.

Les parcs zoologiques sont aussi différents suivant les pays. Dans nombre de pays en cours de développement, il existe de bons parcs zoologiques, parfois même supérieurs à certains parcs français, car ils constituent le premier rempart en matière de protection de la faune sauvage dans le pays. Financés entièrement ou en partie par les gouvernements, ils se doivent d’être des pôles d’excellence avec des vétérinaires formés à gérer des animaux sauvages.

Les réserves, sanctuaires et refuges sont des appellations dont la signification est floue et variable selon les réglementations nationales. En Afrique de Sud, en France ou aux Etats-Unis, un refuge ou un sanctuaire ne renvoie pas au même type d’établissement et au même type d’activité. Certains peuvent avoir une superbe éthique et agir réellement pour la conservation, ne profitant pas des animaux hébergés, alors que d’autres, pas du tout et sont des lieux dégradants.

 

Selon vous, quels sont les grands défis pour la conservation dans les années à venir ?

G.B. : Il est important de prendre conscience que nous n’avons qu’une seule planète avec des ressources limitées. Tout le monde n’est pas sensible à cette cause – si une dizaine d’espèces disparaissaient immédiatement en Asie, sans conséquences directes sur leur quotidien, une grand partie de nos concitoyen·ne·s en France n’y seraient pas sensibles et n’éprouveraient pas d’intérêt. Par ailleurs, la majorité de la population mondiale doit faire face à préoccupations vitales immédiates. Tant qu’il n’y aura pas d’équilibre dans les mentalités, une éthique globale et le partage des ressources, cela sera difficile de conserver une planète telle que nous l’avons connue au XXème siècle.

J’ajouterai qu’avant de soutenir une association pour la conservation des espèces et des milieux sauvages, il est important de vérifier son éthique et son efficacité, à travers par exemple la publication de ses comptes annuels. Pour les félins, toutes les ONG majeures se connaissent et la “concurrence” est faible. Il n’y a que trois organisations internationales œuvrant pour protection de la panthère des neiges et une dizaine pour le guépard par exemple. À l’opposé, pour le rhinocéros blanc, il y a près de 350 associations rien qu’en Afrique du Sud. Que font-elles, car ce dernier disparaît toujours ? Il est important qu’un tri soit fait pour distinguer les associations pertinentes et pour éviter une dilution des fonds et donc des actions, mais ce n’est pas une préoccupation d’envergure internationale. L’IUCN n’a malheureusement pas l’autorité pour faire cela. Chaque pays pourrait s’y atteler, mais il y aurait besoin d’un fond mondial pour y parvenir…

En somme, l’espoir n’est pas perdu, même si nous avons encore beaucoup à faire pour sauver nos félins et les milieux où ils vivent et chapeautent en tant que super-prédateurs !

 

Gregory Breton, MSc – Directeur général, Panthera France

 

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